Mot de la présidente

La Justice n’est pas morte, vive la Justice !

Il y a 17 ans, le Conseil supérieur de la Justice voyait le jour, recevant pour missions de dépolitiser la carrière des magistrats, de veiller à l’amélioration du fonctionnement de l’ordre judiciaire et d’œuvrer à renouer la confiance des citoyens dans l’institution judiciaire. Rien que cela !

C’était un temps, pas si lointain finalement, où les magistrats étaient nommés politiquement

Où les chefs de corps recevaient un mandat à vie

Où le juge devait rester muet et n’avait d’autre obligation que de rendre son jugement

Où la jeunesse, la féminité et la diversité pointaient à peine le bout de leur nez

Où la formation relevait de l’initiative personnelle et du bon vouloir du magistrat

Où les conclusions se déposaient en version papier

Où l’arriéré judiciaire était juste une fatalité

Où la gestion d’une juridiction et d’un parquet relevait du petit bonheur la chance

Où dans une seule province, on pouvait trouver trois arrondissements judiciaires différents

Où le justiciable, mécontent de la manière dont la justice l’avait traité, avait pour seule issue de ruminer son désespoir dans son coin et aucune instance pour examiner objectivement sa plainte

Où la justice vivait dans sa tour d’ivoire

Où elle ne rendait de compte à personne

Où la transparence était pour elle un concept inconnu.

 

Ce regard, certes un peu sombre, sur le passé témoigne de ce que la justice est capable d’avancées rapides, colossales, même quand on les croyait impossibles.

Le présent nous laisse voir le travail extraordinaire accompli au quotidien par des avocats, des magistrats et leurs collaborateurs et la confiance que les citoyens leur accordent.

Et pourtant, on martèle inlassablement que « rien ne va plus dans la justice !», que « la justice est en crise », « asphyxiée », que « son indépendance est mise en péril », qu’elle est « à l’agonie » …

La critique et la plainte sont éternelles.

Elles ont toutes deux leurs raisons d’être et leur légitimité.

On ne peut en effet blâmer les magistrats ou avocats qui tirent la sonnette d’alarme lorsque, dans un Etat de droit, le pouvoir judiciaire est décrié, bafoué ou négligé.

On se sent solidaire du justiciable qui crie sa révolte lorsque la procédure judiciaire a dysfonctionné, qu’il a été confronté à un magistrat ou à un système défaillant.

La nécessaire vigilance n’interdit cependant pas de penser que la Justice mérite mieux que tous les stéréotypes négatifs que l’on véhicule à son propos.

Le souci d’excellence et d’exigence n’impose pas de confondre le bien et le parfait.

L’indignation bien comprise ne fait pas obstacle à ce que l’on préfère, à la complainte et à l’insatisfaction chroniques, un optimisme lucide et constructif.

A ce que, à la résistance, à la peur, à la procrastination, l’on privilégie, l’engagement individuel et collectif, le courage, la curiosité, la capacité d’adaptation et d’invention, qui sommeillent ou qui rugissent en chaque homme et chaque femme, qui œuvre, jour après jour, à l’amélioration de la justice.

Ces hommes et ces femmes ont montré qu’ils réussissaient réformes et changements ; on peut être confiant dans leurs capacités à relever les nombreux défis qui attendent encore la Justice.

Le Conseil supérieur, organe extérieur et indépendant, s’y consacrera également tout au long de l’année qui commence et, en sus de ses missions traditionnelles (plaintes, avis, audits, enquêtes, sélection des magistrats), il accordera une attention toute particulière à l’accès à la justice, au langage clair, au devenir des magistrats de demain et enfin à l’autonomie de gestion, qui constitue une magnifique opportunité pour une justice qui se doit à présent d’être autonome, transparente et performante.

Il le fera, en restant attentif au citoyen, en menant réflexions et réalisations, en son sein avec ses membres et son administration, mais aussi avec les différents acteurs du monde judiciaire et du politique, dans une volonté d’ouverture et dans un climat de respect et de confiance qu’il souhaite réciproque.

Il continuera à le faire parce que… non, la Justice n’est pas morte ! Vive la Justice !

M. Clavie

Présidente

 

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